Noël
Et ZUT ! Cette année, j’ai même oublié d’acheter la bière que j’ai l’habitude de m’offrir pour mon « Personal Réveillon »
J’ai toujours détesté les fêtes de fin d’année, synonymes de retrouvailles familiales … Ah, la famille ! « Famille je vous hais », qui, déjà, a prononcé cette sentence définitive? Plus de 900 km de bouchons le 23 décembre (Bison Futé, lui-même dépassé par le phénomène) ai-je lu dans la presse en ligne. Tout le monde sur les routes, vers le Graal familial, Noël !
L’insomnie de l’année, c’était cette nuit, comme à l’ordinaire … Je suis invariablement renvoyée, à mon corps défendant, dans mes souvenirs familiaux, sans doute déformés par le filtre de mes ressentis intimes.
Je me souviens, comme si c’était hier, de mon dernier Noël en famille. J’avais 27 ans. Les chuchotements étaient de rigueur sous le regard vert vipère toujours réprobateur et embrumé de notre mère. Mon père, souvent absent pour l’occasion, était, cette fois-là, bien présent. Présent, mais déjà sur le départ vers le Grand Voyage. Il mourait de son cancer du pancréas dans la chambre conjugale.
Plus loin encore dans mes souvenirs, enfants, nous préparions les décorations du sapin, tout en scrutant le visage de notre mère. Allait-elle passer le réveillon avec nous ou bien allait-elle nous abandonner pour s’effondrer dans son lit, assommée par l’alcool ? On n’allait pas se laisser abattre, on avait l’habitude. On rigolait tous les quatre même si les découpages et autres collages finissaient souvent en chamailleries ou autres réprimandes. J’ai toujours estimé que ma mère avait soigné dans l’alcool la dépression du post-partum après son dernier accouchement. Nous avions découvert, encore très jeunes, que notre mère faisait trop souvent les courses et s’enfermait dès son retour dans sa chambre, avec son panier. Une furtive opération commando nous avait permis, mon frère et moi de découvrir l’objet du délit, dissimulé au fond de son armoire, la bouteille. Nous nous étions ensuite perdus en conjectures mathématiques quant aux volumes ingurgités entre chaque course et les obligatoires et durables conséquences sur la santé maternelle.
Je me souviens d’un autre Noël … J’avais commandé une boîte de chimie que je m’étais empressée d’ouvrir pour tester quelques expériences pétillantes. Les inoffensifs précipités avaient giclé sur la tapisserie de ma chambre, ma sœur cadette ayant évidemment immédiatement rapporté les faits à ma mère. Celle-ci m’avait fâchée pendant que ma sœur me tirait sûrement la langue et j’avais boudé, seule, dans la chambre. Bouder était l’activité favorite de mon enfance, de mon adolescence et peut-être aussi de ma vie adulte …
Les souvenirs de mes « Noël » de jeune adulte amoureuse ne sont guère plus brillants … Je passais ces soirées à bouder, donc, enfermée dans mes névroses familiales … Je me complaisais, toujours à mon corps défendant, dans le rôle du vilain petit canard …
Aujourd’hui, je suis grand-mère et c’est Noël. Je m’applique à ne pas gâcher les visites de ma descendance. Les précieux cadeaux attendent sous le sapin décoré avec soin et je m’active pour le repas de … famille.
Joyeux Noël !

-
-
5 heures
Tagged"blog de retraitée", "Grain de sel", Biographie de george SAND, littérature, opinion