Billets / Grains de sel

Itinéraire d’enfance*

Mardi 2 septembre 2025.

Je ne me suis aucunement ennuyée en suivant les aventures de la très jeune héroïne et de sa comparse, aventures somme toute assez sages. Une fugue est le prétexte au voyage initiatique de cette enfant dans deux Viêt Nam du Nord, celui des plaines, celui des montagnes. Les conditions de vie des habitants y sont totalement différentes, conditionnées par la géographie et le climat, parfois hostile. C’est aussi l’occasion d’un voyage littéraire immobile, savoureux, imagé, culturel et historique. Je ne connais que le sud du pays et encore, passablement.

« Des statuettes de couleur verte et rouge, représentant des génies, montent la garde devant des étalages de friandises, de tabac et de thé. » …

Le texte, écrit à la première personne et au présent de l’indicatif, favorise ainsi la proximité immédiate avec le personnage central et les événements de l’histoire.

… « J’ ai douze ans. Nous habitons le petit bourg de Rêu. » … 

Pas de péripéties extraordinaires ni vraiment dramatiques dans ce récit très simple, plutôt le tableau animé d’un Viêt Nam rural, villageois ou urbain aux coutumes ancestrales fortes avec en filigrane, le poids du régime communiste.

… « Dans mon autocritique, j’ai donné deux raisons à mon acte. » …

La fugue émancipatrice de Bê (l’héroïne) débute après ce qu’elle ressent comme une profonde injustice, son exclusion de l’école.

« Je reçois un carnet scolaire dont les longues et nombreuses lignes de félicitations sont biffées par la mention « exclusion », et portant un zéro en note de conduite. » …

Elle quitte donc le foyer maternel pour retrouver son père, militaire en charge d’un poste frontière, à l’extrême nord montagneux du pays. C’est un voyage émaillé de découvertes, de rencontres, d’amitiés, de peurs, aussi.

Nous percevons, au fil des pages, l’amour de Duong Thu Huong pour son pays natal. Elle nous transporte dans son Viêt Nam authentique mais beau, très éloigné de la carte postale touristique. L’art culinaire s’y tient en bonne place, élément important sinon essentiel de la culture.

« Finis les gâteaux du Têt, mais dans chaque cuisine, des petites tourtes de la mi-lune attendent. » …

« Nous disposons le repas sur un grand plateau laqué, d’un noir brillant, … »  …

« La soupe d’escargots avec du curcuma et des feuilles de lolot ressemble à celle qu’on cuisine en plaine. » …

« Le riz pilé est blanc comme du sel. Chaque famille vient recueillir son propre riz. » …

Les âmes sont dures quand elles représentent un certain système ou le régime, la directrice, Chef Cân, plus douces lorsque ce sont celles des rencontres opportunes, le vieux Môc, Dung, Khiêt.

On découvre également des pratiques séculaires étranges qui persistent encore.

… « Les nobliaux employaient les villageois pour la chasse aux singes, aux tigres, aux chamois. Des vieillards expérimentés les dépeçaient et faisaient bouillir leurs os afin d’obtenir de la gélatine, été comme hiver. » …

En guise de conclusion, joie simple d’une histoire simple.

* Itinéraire d’enfance, Duong Thu Huong, 396 pages. 2007.

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