Billets

Décoiffées !

Vendredi 4 avril 2025.

Après, une marche intrépide sinon stupide de 8,78 km dans notre bois interdit favori dont nous tairons le nom (LOI n° 2023-54 du 2 février 2023 …), sous les nuages, le crachin, le vent frisquet, les flaques à enjamber prestement, une bière sirotée au coin du feu réconfortant, une nuit vide du sommeil profond sans rêve, nous sautons dans le coupé allemand, rouge rutilant, direction le Futuroscope.

Le Futuroscope. Bien que Poitevine de naissance et de cœur, je ne connais pas ce parc, sans passion pour les technologies de l’image ou le secouage vigoureux, j’ai toujours pensé que sa visite ne me serait guère profitable, Mais, Corinne, ma camarade de quarante ans déjà, en a décidé autrement, aidée en cela, par une offre réservée aux habitants de la Vienne. Donc jeudi, c’est Futuroscope !

On s’engouffre dans le premier bâtiment à façade vitrée qui nous tombe sous le pied pour une visite de la Vienne dynamique. Et comme nous avons la bonne taille, nous fonçons. Ah ! Oui ! On peut dire que c’est dynamique ! Je découvre le premier film d’une série renversante. Ca secoue, ça freine, ça accélère, ça évite, ça plonge, ça s’envole, ça tombe, dans les cris des bien sanglés comme il faut sur des sièges comme à ressorts. Décoiffant !

Début avril, un jeudi, peu d’attente pour les attractions malgré la présence sur le site d’une palanquée de classes. On arpente on s’extasie, on frissonne, on arpente, on s’extasie, on frissonne, on arpente, on s’extasie, on frissonne.

Corinne, intrépide, décide de risquer « Dynamic ». Je consulte la liste des informations concernant la sécurité, ignorées précédemment, et décide d’attendre sagement ma comparse sur un banc. Il ne manquerait plus qu’une dissécation inopinée d’artère cérébrale pour gâcher la journée. Une minute plus tard, le groupe est ressorti et semble attendre, Corinne accourt vers moi et m’informe que l’animation a brusquement été stoppée juste après son déclenchement, l’équipe cherchant le problème à résoudre pour que le groupe puisse à nouveau entrer. L’incident semble réglé car l’aventureuse disparaît ensuite avec les autres. J’attends. Elle revient enfin avec un fou rire. Ah bon ? C’était drôle ? Non point, l’incident, c’était ELLE, qui, en ne croisant pas les jambes, a violemment tapé du pied sur le socle sous son siège au premier soubresaut, entraînant l’arrêt immédiat du voyage spatial. Voilà ce qui arrive quand on n’écoute pas les consignes ! aurais-je pu m’entendre signifier dans une vie antérieure. Je l’attrape par la manche de sa doudoune courte et rouge bolide, ça y est, on a le souvenir indélébile de notre visite. Chacun a en sa mémoire des images mémorielles anecdotiques gravées dans son cerveau jusqu’à la mort, souvent insignifiantes dans une expérience plus longue, elles nous rappellent toujours un être, cher ou bien dont on a croisé le chemin de vie. Je replonge instantanément dans l’enfance et vois distinctement la tête trop sérieuse de mon père, de profil, dans un train d’enfer, en haut d’un Grand Huit grenoblois. Cliché mémoriel fixé, indélébile.

Nous profitons de l’instant rire, ma main sur la manche de sa doudoune pour disserter sur ce vêtement au combien symbolique. Pourtant, ma complice déteste cet objet de discrimination, qui pourrait faire l’objet d’un billet complet ou pourquoi pas d’un essai sociologique. Vilaines comme nous sommes, nous collons des étiquettes aux porteurs de doudounes, CSP+, Éducation, hôpital, etc …, nos milieux professionnels d’origine, dans lesquels la doudoune abonde, allez savoir pourquoi.

Bref, passons.

La journée file. Remplies ou non, les journées filent à une allure parfaitement déraisonnable …

Beauté fragile et poétique avec Antartica.

Reculades pusillanimes devant l’aventure martienne ou la danse avec les robots.

Fantastique voyage en survols ébouriffants des continents.

Chaos garanti pendant la chasse à la tornade ( au diable les vaisseaux !).

Je tente instinctivement une main vers l’opale noire qui flotte devant mes yeux, peine perdue, et Corinne qui m’explique qu’une gamine de sept ans, assise à côté d’elle, l’a aussi tentée …Bref, passons rapidement.

On s’amuse dans la maison à l’envers, clic, clic, on s’empresse d’envoyer la photo de notre pseudo équilibre à nos contacts, comme deux ados ridées.

Nous, Arthur ! on n’a pas peur des rats ni des araignées velues !

Nous admirons, ce Français, ce Russe, cette Américaine, dans un trio essentiellement fusionnel, comme un clin d’œil triste à la débâcle mondiale actuelle …

On croise un Lapin Crétin, à l’air bien crétin, j’enjoins obstinément Corinne à poser avec lui, elle refuse tout aussi obstinément et je me demande bien pourquoi. Sept ans a-t-elle dit ?

Comme dans une folle journée, donc, des courses débridées, du planant, du plongeant, des secousses, des frissons, des cris, des bras levés, des engins pivotants, des sièges ensorcelés, de l’émotion, du beau, du pas bon (beurk, le burger végé …), de l’exaltant, du trépidant, du crétin (vraiment), du renversant, du renversé, du cosmique, …

La magie du parc opère, sur moi, aussi.

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