Bruxelles, en long, en large et parfois de travers. Suite et fin
Mercredi 29 janvier. Jour 3.
Journée européenne qui débute sur un grand malentendu et une fin de non recevoir à la porte du parlement européen. Les visiteurs individuels, c’est à 14 H, nous assène le préposé à l’accueil. Ah, le sapajou ! Corinne est très fâchée contre nous-mêmes et notre impréparation. Amatrices que nous sommes ! Pas fichues de consulter les horaires de visite libre. Notre programme culturel de la journée tombe à l’eau. Exit le musée de la BD pour moi et de l’illusion pour elle. Notre enragé bourreau de l’heure, sans doute apitoyé par nos mines déconfites derrière la porte vitrée, sort pour nous suggérer aimablement la Maison de l’Europe, en attendant de pouvoir pénétrer le saint des saints. Nous ne regrettons finalement rien et passons un excellent moment au cœur de l’histoire européenne. Absolument incontournable cette Maison bruxelloise !
Pause bière tout aussi incontournable après l’intense effort cérébral.
Puis, l’objet de ma convoitise citoyenne se dévoile enfin, l’hémicycle. Intense émotion. En l’Europe, je crois encore, fermement. Ma compatriote et amie m’explique ne rien ressentir, ne pas être intéressée par la chose politique. En cela, entre autres, nous sommes différentes.
Clic ! Clic ! Dans la ronde des 27 drapeaux nationaux, je brandis haut les couleurs de la France tandis que ma camarade s’en drape telle une diva.
Après cette leçon d’histoire contemporaine en réalité quasi augmentée, on se dit qu’on ne peut échapper à l’emblème gustatif bruxellois. Ni une ni deux, on se retrouve attablées, deux assiettes posées devant notre curiosité gastronomique. Sur les assiettes, deux gaufres, l’une saupoudrée du sucre glace à la saveur de l’enfance, l’autre de Chantilly non moins irrésistiblement régressive. .
La journée se termine, comme les précédentes, vautrées sur le canapé, cuir bordeaux.
Jeudi 30 janvier. Jour 4.
Pluie. Pluie. Pluie. Ma colocataire jette la clé du studio dans la boîte aux lettres de la bâtisse néo-renaissance flamande. Nous prenons la direction de la gare pour déposer provisoirement nos bagages à la consigne, le tout en pataugeant dans des flaques belges de belles dimensions.
Une dernière visite / dégustation à la brasserie artisanale Cantillon. On se perd entre les empilements de fûts à Lambic et les cuves de fermentation, dans l’odeur chaude du houblon. Les impressionnantes rangées de bouteilles vertes en cours de vieillissement nous font de l’œil dans les couloirs. Clou de la visite, la dégustation de trois millésimes de la Maison servis par un vieux cornichon grincheux qui me reproche de lui poser des questions stupides dont les réponses sont dans le dépliant donné à l’accueil. Il ne nous empêche nullement de nous amuser devant nos verres de Gueuze et autre Lambic. Non, mais !
Les bulles jaunes ou rouge framboise ont aiguisé notre appétit que l’on s’empresse de calmer dans un restaurant coopératif au serveur affable bien que nul en calcul. Il omet de nous compter deux délicieuses soupes au potimarron, bien chaudes.
Sur ce, pluie, marche mouillée, gare, Eurostar.
S’ensuit une course contre la montre vers Montparnasse, notre correspondance est très serrée. Corinne est plus sportive que moi et me sème dans les couloirs du métro. Je cours, je cours mais, comme dans le toujours mauvais thriller de série B, mon ticket+ est démagnétisé. Horreur ! Coincée au portillon d’accès au quai ! Corinne revient sur ses pas, je sollicite un voyageur conciliant et me colle à lui pour passer la frontière en matériau composite. Ouf ! La course continue, on saute dans la rame automatique pour rallier la gare. Couloirs, escaliers, couloirs, escalators, couloirs… Dernière ligne droite vers la voie 2, voiture 7, plus que 4 minutes … Je pose mon téléphone sur l’appareil à scanner le billet, croix rouge ! Le train est à portée de chaussures. J’ai soudain 10 ans et envie de hurler. Monsieur ! Monsieur ! Mon billet ! Le contrôleur m’aide, j’ai utilisé le mauvais QR Code. Un coup de doigt sur l’écran et l’affaire est réglée. On court sur le quai, on court le long des voitures, 9, 8, 7, ouf. Ne reste plus qu’à virer le cercopithèque assis, sans vergogne, à notre place. Non mais !
Le voyage se termine par une dernière course nocturne pour attraper le bus de la ligne 13.
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2 semaines
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