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Breizh, Kouign-amann et compagnie …

Samedi 13 septembre 2025.

Nous n’avions pas encore posé notre derrière sur les sièges du coupé que notre escapade bretonne avait déjà commencé la veille de notre départ … Ma désormais vieille amie (c’est une question de durée), assise sur le canapé, tandis que je tentais ma chance, très mince, devant une réussite numérique force 4, étudiait religieusement son itinéraire avec son indispensable Waze, redoutable « Madame Soleil », prédisant les routes barrées mieux que les DDT.

La mer. Son roulis, ses cris rieurs, ses galets à ricochets, ses embruns salés qui mouillent les joues enfantines, ses vagues à tasses, son bleu, rois et reines des châteaux de sable, ses étoiles à cinq rayons qui font briller les yeux, j’ai hâte de la revoir, de sentir son odeur, peut-être d’y plonger les orteils. Elle m’évoque immanquablement les vacances familiales à Oléron, rares moments de calme dans les usantes dérives autodestructrices maternelles. Mon père sourit à la mer, c’est très rare. La Gauloise entre les lèvres, il semble serein. Nous soufflons, l’océan efface les crises ; cela ressemble à s’y méprendre à du bonheur.

Après la nuit à en rêver, le CLA, rouge cœur vaillant, s’élance sur la route du nord forcément wazienne, Corinne au volant, moi, habituellement à la place du mort. Vendredi 5 septembre. Ni rentrée pour elle, ni rentrée pour moi. La Liberté … et Waze, guidant deux vacancières en quête de mer iodée, de paysages sublimés, de crêpes et de bières du cru.

Corinne conduit, je cuisine. Corinne planifie, j’astique. Corinne s’élance, je trébuche. Tel un vieux couple avec ses inévitables travers, nous roulons vers les côtes bretonnes, celles de la Manche. J’observe l’ordinateur de bord. Ma comparse n’est pas persuadée que les icônes souriantes, roses, bleues, soient ses ami(e)s Wazer. Icônes souriantes, mais jamais autant que Paraphryge, qui, depuis les JO, est de tous mes voyages. Elle attend sagement dans le sac à dos, ne se départant jamais de son sourire brodé. J’hésite encore à sacrifier ce doudou gérontologue lors de ma crémation future. D’ailleurs, à chaque ville traversée, nous tomberons infailliblement sur les Pompes Funèbres, coïncidences troublantes, prêtant à des rires, jaunes aussi, et des grincements de nos dents toujours solides.

Les paysages défilent, le goudron nous appartient. C’est l’instant magique des retraitées baby-boomeuses qui font la nique au bientôt feu Premier Ministre. Non, mais ! Nous constaterons par la suite, que nous sommes vraiment très nombreux et nombreuses à faire collectivement et résolument la nique. Baby-boomeuses et aventurières car nous n’avons réservé que la première nuit. On ne se refuse aucune audace malgré nos os qui partent en sucette.

L’habitacle du coupé est notre cocon provisoire et comme nous n’avons plus envie d’entendre parler de chute annoncée, nous nous en remettons, de plein gré, à Deezer. Nous lui commandons un programme spécial jeunesse des années 80. On chante à tue-tête nos refrains inoubliables, moi tellement faux, mais qu’importe, le bonheur est à portée de voix, la nostalgie intense également. On fait la nique à demain (il ne faudrait tout de même pas que ce vilain mot devienne notre nouveau leitmotiv de pseudos ados ratatinées). On est bien. Nous chantons ton nom, Liberté !

Première étape de notre périple en terre bretonne, Cancale. Surprise ! La ville est envahie de camping-cars. Tous les stationnements proches du port sont pris d’assaut. Repli obligatoire loin du centre d’attraction. On monte, on descend, on descend, on monte. Ben non, Corinne, la Bretagne n’est pas une terre plate. J’allais en faire la très pénible expérience le lendemain. Pour un peu, nous n’allions pas pouvoir déguster notre première blonde bretonne aux terrasses bondées. Nous découvrons, autant ébahies que notre futur ex PM, les boomers en hordes envahissant le littoral de septembre. Il y en a partout ! Sur les jetées, dans les cafés, devant les cabanes à huîtres, sur les trottoirs et dans les rues. Le Graal économique d’un certain Béarnais.

On rigole, les « cotons-tiges » nous cernent. Notre seule et précieuse différence, la couleur de nos cheveux pas encore blanchie par le temps, bien que nous soyons absolument d’accord, nous en sommes, de ces boomers privilégiés, cible erronée d’un gouvernement qui nous prend pour les vaches à lait de la République.

Il fait beau. Corinne achète des huîtres, je me contenterai du magnet. Je n’ai pas encore conscience que demain, je vais vivre un véritable cauchemar éveillé puisque de sommeil, il n’y eut point. Nous aurions pu, après cette journée iodée bien vécue, profiter du repos des guerrières fatiguées mais la VMC du studio citadin en avait décidé autrement. Bruit infernal et incessant doublé par-dessus le marché du clignotement rouge du micro-ondes, il n’en a pas fallu plus pour ruiner définitivement notre première nuit armoricaine.

Samedi sans sommeil, donc, s’annonçait sous de mauvaises augures et ce n’était qu’un début, enfin, essentiellement pour mon matricule …

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