Cernée !
Dimanche 8 novembre 2026.
13,7 degrés au réveil dans le « Heimat » gris nuage. Avec le temps couvert, j’ai même, un bref instant, eu l’impression qu’il faisait meilleur qu’hier … Ma résistance passive aux géants des hydrocarbures prend des airs de croisade. Je m’aperçois d’ailleurs pour l’occasion qu’on résiste beaucoup mieux au froid qu’à la chaleur extrême. In fine, le plus « koh-lantien » résidant dans le passage forcément express sous la douche …
Mais, bref, revenons à ce qui m’occupe, me préoccupe plutôt sérieusement.
La cerne. Celle qui se conjugue en duo et gâche irrémédiablement toute paisible retraite. Discret glissement, d’abord, quasi imperceptible, puis intempestif, s’affichant en étendard de la défaite sur les visages des gérontes fatigué(e)s. Accompagnez-la de taches de vieillesse et l’affreux tableau est complet !
Tout a débuté avec le renouvellement de mon passeport, en 2024. Sur la photo d’identité, de celles qu’on déteste, je n’avais pas prêté attention aux deux petits traits sombres sous mes yeux. L’obsession est apparue rétroactivement, quand je me suis précipitée sur toute photo à ma main, à la recherche de l’instant de bascule. Cette bascule odieuse qui perturbe puis modifie irrémédiablement l’image de soi, à son corps défendant.
Je suis plutôt du genre « névroses » à cycles. Celui des urgences organiques, celui de la couture du boxer sur la hanche droite qu’il me faut sans cesse remonter pour ne plus la sentir appuyer sur l’os, celui des coiffures impossibles pour cheveux courts et fins, celui des dents, etc … Pendant des années, j’ai fait des cauchemars de perte de la totalité de mes dents dans des situations toujours étranges et oppressantes. Je me revois encore, cracher mon dentier, dans un effroi toujours interdit. Mais aujourd’hui, je suis bloquée dans le cycle de la cerne. Les visages m’obnubilent en de systématiques passages en revue, quasi maniaques. La cerne ou la déroute définitive de la jeunesse.
Vendredi dernier, dans le bus, elle se tenait là, assise sur son siège, dans une courte diagonale du mien. J’observais, à la dérobée, son visage de femme. J’ai vu les cheveux gris, j’ai vu les rides, j’ai vu le léger affaissement des joues, et, j’ai vu les cernes. Je jaugeais ce visage et compris que les deux traits sombres, sous les yeux, gâchaient tout, en un masque de vieille tristesse. A cet instant décisif, l’angoisse intérieure me saisit. Au bout de sa diagonale, il y avait aussi deux marques sombres, les miennes ! Ma journée était gâchée, mon cerveau entrait instantanément en un maelstrom aussi puissant que silencieux dans les tressautements familiers du bus.
J’ai pourtant déjà pris ce gravissime problème à bras-le-corps. En ligne, je me suis enquise du phénomène, semble-t-il, mondial. La poisse ! Je furète, je furète, j’examine … Quoi ??? J’entrevois des cernes sous le maquillage de Sophie Marceau … Le temps assassine absolument tous les mythes !
J’ai acheté un sérum anti-taches avec « 90 % de taches réduites et visiblement éclaircies ». Je l’applique tous les jours depuis un mois, sous mes yeux dubitatifs, avec l’abnégation de la dernière chance. C’est totalement évident, je suis dans la cohorte des 10 % !
J’applique les recettes de grand-mère. Jus de citron, quand j’y pense … Ça pique !
Comme une idiote, j’ai oublié de faire la photo « avant » pour l’après de toutes mes expériences esthétiques.
Dans un subit élan de midinette quand même sérieusement fanée, j’ai acheté du maquillage, complété d’un anti-cernes, j’avais pourtant abandonné, depuis des années, le rituel des poudres à yeux, blushs et autres rouges à lèvres. Je reconnais que c’est la méthode, à ce jour, la plus efficace pour masquer ma misère épidermique.
Je griffonne, je griffonne, je griffonne. Exutoire, jamais décevant, à mes défaites existentielles.
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Étiqueté "blog de retraitée", Le pour et le contre, opinion, Poitiers, Rassemblement contre le racisme et sa banalisation