Chronique d’une peur, épisode 2
Jeudi 1er octobre 2026.
La dramaturgie s’écrit aujourd’hui au Sénat.
Certes, il ne s’agissait pas de croire que ce bicamérisme français à la mode originelle de 1875 allait renverser la table républicaine, le sénat n’était qu’un compromis, pansement des frustrations monarchistes. Élue au suffrage indirect en un signe de faiblesse démocratique, la Haute Assemblée, dont le rôle est d’assurer la représentativité des collectivités territoriales, reste la maillon faible du Parlement, le dernier mot législatif revenant à l’Assemblée Nationale.
Exemple marquant hors du domaine de la loi, la déclaration de guerre, article 35 de la Constitution,
« … Lorsque la durée de l’intervention excède quatre mois, le Gouvernement soumet sa prolongation à l’autorisation du Parlement. Il peut demander à l’Assemblée nationale de décider en dernier ressort … »
Ou bien du domaine de la loi, article 45,
« … Si la commission mixte ne parvient pas à l’adoption d’un texte commun ou si ce texte n’est pas adopté dans les conditions prévues à l’alinéa précédent, le Gouvernement peut, après une nouvelle lecture par l’Assemblée nationale et par le Sénat, demander à l’Assemblée nationale de statuer définitivement. En ce cas, l’Assemblée nationale peut reprendre soit le texte élaboré par la commission mixte, soit le dernier texte voté par elle, modifié le cas échéant par un ou plusieurs des amendements adoptés par le Sénat … »
Art 45, pondéré partiellement pour les lois organiques, article 46,
« … Toutefois, faute d’accord entre les deux assemblées, le texte ne peut être adopté par l’Assemblée nationale en dernière lecture qu’à la majorité absolue de ses membres … »
Mais, ma peur est ailleurs. Elle se tapit dans l’inexorable grignotage du gruyère républicain, gruyère qui ne suffira bientôt plus à rassasier la voracité politique d’un RN faussement pour la France. C’est grave. La droite, dominante au Sénat, n’est même plus assez à droite, débordée par son extrême … droite. Et, ce ne sont pas les deux trublions du radical et vociférant papy qui vont y changer quoi que ce soit.
Combien sont-ils ? DIX. C’est déjà DIX de trop, comme l’eau qui s’infiltre sous la porte lors d’un violent orage pour s’étaler en une petite, certes, mais bien réelle flaque à éponger, « sincer » ( du Poitevin pur jus …), dans le pataugement de la colère. Ces DIX, infiltration nauséabonde, procèdent du même déluge, celui qui nous surprend (vraiment ?), glisse sous la porte pourtant fermée à clé, se répand, les éponges et les serpillières ne suffisant malheureusement plus à endiguer le débordement, nous envahit et souille la maison qu’on pensait jusqu’alors protégée.
Et, c’est comme une emprise à bas bruit qui cause un fracas démocratique monstrueux. Emprise des cervelles égarées en des chemins ruraux boueux de ceux dont la fange colle aux bottes en caoutchouc en faisant de grands « sllurrppss ». Bruit infernal dans le cœur des âmes républicaines de celles qui jadis guidaient tout un peuple coiffé du bonnet rouge, rouge cerise, rouge sang, rouge drapeau.
2027. Point de mire. Electrice quasi impuissante, je suis le lent glissement des idées, le dérapage incontrôlé amorcé depuis plusieurs années déjà, annonce d’une possible faillite de ma France radieuse.
Avec cette entrée sénatoriale tonitruante des DIX RN, façon vol avec effraction, ces hérauts des slogans rances aux idéaux éculés et tristes, porte-voix du parti des -ismes honteux, obscurcissent le pays des Lumières, celui d’un Montesquieu désormais raidi d’effroi dans son tombeau. L’actualité du petit chef nationaliste, encore en -isme intolérable, nous montre pourtant combien les tentés inconscients se fourvoient.
J’ai peur. De plus en plus peur.

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6 jours
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