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L’été en pente raide

Vendredi 29 août 2026.

Ça commence ce matin, bien qu’elle ne soit civilement pas encore née, par les 41 ans de ma fille, unique, en son genre aussi. Ma fille. Ma lignée.

Ça continue ensuite par mon bilan mental d’un été qui n’en était pas un, avant la rentrée, celle que je choisis par pur goût, que j’attends avec l’impatience d’une élève de CP qui entre à la « Grande École » …

Le bilan*. J’en profite pour réécouter l’irremplaçable Jean Ferrat, mon idole à textes. « Le bilan », incroyablement à la page mondiale. C’est qu’on en avale encore de grosses couleuvres, de très grosses, de celles qui nous étouffent. « L’idéal qui nous pousse encore à nous battre », il est où ? Dites-moi. Il est où ? « Nos yeux ouverts sur le réel », écarquillés même … Sur le jaune sec, le bleu dénaturé façon facho, sur le vert bile, le rouge flaques sanguinolentes, le marron boueux. Nos yeux fatigués, dans quelle direction peuvent-ils regarder pour espérer un « avenir radieux » ?

Le nez sur le jardinet urbain arrosé d’averses qu’on aurait voulues dans d’autres cases du calendrier lunaire 2026, les mains claquant à vide sur des moucherons intrépides (j’ai fini par en avoir un et j’ai regretté mon crime tout de suite, mais bon, sont pénibles ces bestioles), les oreilles diverties par les notes et la voix de mon poète engagé, je pianote. Futilement, j’en ai bien conscience.

Avant hier, j’ai ramassé une pomme tombée d’un colonnaire avec une sacrée bourrasque. Comme un trophée, je l’ai portée entre mes deux paumes. Cette pomme, encore verte, promesse acidulée d’une victoire de jardinière. Je l’ai observée, photographiée, clic, clic, puis emportée triomphalement vers la corbeille à fruits. Elle trône au milieu de petites pommes rouges dans l’attente de son destin de pomme, mon fruit à croquer. Micro futur radieux. Quand on suit le début de la campagne présidentielle, on se doit de rester modeste en tout, y compris en pomme … Parce que l’affligeant y côtoie le navrant (oui, pléonasme). Pourtant l’heure est grave. Très grave.

En effet, après avoir subi l’obscurité claquemurée et étouffante d’un été caniculaire, au cours duquel rien n’a été possible, ni les fleurs, ni les tomates charnues, ni les fêtes, ni les escapades, mon salut mouillé et frais a été de courte durée. Je replonge déjà dans la « chienlit » d’une presque année scolaire politique, à hauts risques, très hauts risques.

Par ailleurs, le déluge d’eau, tombé très récemment sur mon toit et mes végétaux à l’agonie, a lessivé ma mémoire. Les images des feux dantesques qui ont tout dévoré, bêtes et hommes, s’estompent déjà. Pas tout à fait.

La nature « outragée » (désolée, mais j’ai ingurgité, cet été, un paquet de podcasts évoquant la seconde guerre mondiale, la Vème République et bien sûr le Général) se déchaîne sous nos yeux ébahis jusqu’à la stupidité. Après la canicule, la sécheresse absolue, les incendies, vient la boue. La boue. Monstrueux serpent de vallée encaissée, prise au piège par nature, engloutie. Puis, le hideux serpent s’est figé, comme une œuvre naturelle morbide, en son corps des corps, en son flanc des cœurs morts.

Et, pendant ce temps de sidération mondiale et personnelle, les indécents dinosaures de notre politique politicienne sortent de leur hibernation forcée. Quel culot ! Par le miracle de la démocratie indulgente, comme des spectres, ils reviennent hanter la sphère publique en âmes sans peine. Pour donner des leçons d’expérience, qu’ils (elle) disent. Ah ! Ah ! Quel culot ! Madame. Messieurs. Rendormez-vous, SVP.

Ah, cet été ! Quel bilan !

C’est ainsi, qu’après deux mois estivaux minables et souffreteux, à la merci d’un thermomètre au bord de l’implosion, me voilà donc maintenant face à l’angoisse des inévitables baromètres non météorologiques. Un possible cauchemar éveillé d’un genre pas si nouveau, la condamnée, reprise de justice peroxydée, veut nous la faire à l’envers, et, même à l’endroit …

Ah, le bilan ! Ah, les perspectives !

*Le bilan, paroles et musique de Jean Ferrat. 1980.

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Clete*

2026-08-26

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