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Ouvertures chimériques

Dimanche 29 décembre

Tandis que je contemple, seule parce que libre, par la fenêtre de ma chambre, le minuscule panorama de mon jardinet urbain, des hommes, dont c’est le substantif malheureux, brusquement avili, décrètent, l’obstruction immédiate et l’interdiction de construire des fenêtres, oui des fenêtres, ouvrant sur leurs univers féminins, pourtant déjà si rabougris.

Noël est scélérat.

Cette incompréhensible et tenace haine de la femme, de la mère, de la sœur, de la fille, est incroyable, stupéfiante. Cette guerre masculine, menée sous le regard indifférent du monde dont les indignations choisies interrogent, broie la femme déjà spectrale, tranquillement, religieusement.

Nous, ayatollahs de l’absurde, décrétons que la femme qui cuisine, prépare le repas du mari, du fils, du père, tout en se mouvant devant la fenêtre de sa pauvre cuisine, offense le regard de l’homme qui passe, de l’homme qui regarde, de l’homme si croyant.

Ma colère est vaine.

Nous, ayatollahs de l’absurde, décrétons que la femme qui balaie la cour du mari, du fils, du père, tout en ployant sous le noir, couleur fantôme, de son harnachement légal, blesse le regard du voisin qui passe, du voisin qui jette un coup d’œil furtif, du voisin si pieux.

Mon écœurement est futile.

Nous, ayatollahs de l’absurde, décrétons que la femme qui va docilement au puits pour abreuver son mari, son fils, son père, voûtée sous le poids d’une tyrannie dévote, offusque le regard des enfants turbulents, des enfants innocents, des enfants si fervents.

Mes jérémiades sont stériles.

Mon regard se porte à nouveau sur l’hiver au jardin, la vigne nue, la dernière fleur de capucine abritée près du mur et qui ose une insolente éclosion safranée, le théier vert breton, les carrés de potager qui sommeillent, les pommiers colonnaires dont les dernières feuilles jaunies s’accrochent à la vie organique …

Mon regard flotte sur le végétal hivernal tandis que les yeux de ces femmes recluses, ectoplasmes d’elles-mêmes, vont se refermer, sur le secret de leur geôle domestique, sur le néant absolu de leur vie abolie.

Noël est scélérat.

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Toto est affreux.

2024-12-26

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