Pschiiiiittt …
Vendredi 13 (absolument impayable) décembre 2024.
Fin d’un suspense qui n’en était pas un et qui n’a guère fait frissonné à moins que d’ennui.
Ah ! Le rideau de douche. Du noir et du blanc pour la froideur clinique. Contre-plongée obstinée et à intervalle régulier sur le jet d’une eau, qui frappe verticalement et dans un puissant bruit de cascade, la blondeur en quête de propreté, de bien être. Suspense, interrogation. Retour sur le jet, puissant, comme un jet de sang carotidien. Suspense, déglutition. Pourquoi un si long plan de savonnage, bouche ouverte, sourire naïf ? Les plans de douche sont ordinairement courts sauf scène interdite aux moins de seize ans … Suspense, attente. Puis, l’objectif se fixe sur le rideau, blanc, qui occupe la quasi totalité du champ. On devine une source lumineuse blafarde derrière ce blanc, couleur salle d’autopsie. La tête mouillée est reléguée dans le coin inférieur droit de la pellicule. Le bruit du jet couvre tout, une porte qui s’ouvrirait, des chaussures qui crisseraient sur le carrelage. Suspense, malaise. Déjà 28 secondes de visionnage. Soudain, le cœur bat plus fort, la tension monte en flèche, la bouche s’entrouvre. Une ombre se glisse derrière le blanc, couleur blouse de boucher avant action. Suspense, tressaillement. 36 secondes. L’ombre se colle au rideau et tous les amateurs du maître du suspense hollywoodien reconnaissent la forme de la coupe de cheveux. NON ! La main armée du couteau démesuré ouvre le rideau dans un bruit strident de violon qui couvre presque les premiers cris de surprise et de terreur, jetés d’une bouche grande ouverte qui occupe toute l’image comme pour en montrer la vacuité. Suspense, frissons d’une délicieuse horreur cinématographique. Le couteau s’abat méthodiquement, inéluctablement sur le corps nu, vain et sans défense. 1 min 05 secondes. Les cordes du violon se tordent en des sons horrifiques comme pour mieux guider l’accomplissement de l’insensé. L’eau qui s’écoule vers le siphon et dont on comprend le rôle éminemment crucial, se teinte de sombre, couleur meurtre. Elle entraîne dans son flot tournoyant la vie de notre personnage féminin. Une main agonisante se crispe sur le carrelage pendant que le malade le plus célèbre du cinéma quitte la scène du crime. Le suspense retombe, nous sommes sous le choc visuel. La musique prend un air d’oraison funèbre tandis que la femme, qui s’affaisse, dans une dernière convulsion et avec une dernière dose de suspense, s’empare du rideau blanc, qui choit sur son corps trucidé, linceul de circonstances. 1 min 43 secondes. Trou noir béant du siphon qui aspire la caméra comme il aspire le fluide vital, pupille fixe et une dernière goutte de douche qui glisse de l’œil grand ouvert, comme une larme d’incrédulité.
Dans nos contrées, point de suspense insoutenable. Point de talent pour un scénario haletant ou original … On fait du neuf avec du vieux. Véritable Upcycling gouvernemental. Dois-je me réjouir d’une nomination « écoresponsable » sinon durable ?
Pschiiiiittt …

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10 heures
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