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Brame automnal

22 septembre 2024, perchées à 9 mètres du sol, dans une cabane indrienne solidement amarrée à un tronc vigoureux et à laquelle on accède par un escalier métallique en colimaçon, le concert des cervidés enchante notre soirée expérimentale. Nous sommes dans cette cabane pour cela, le brame. Avant le couvre-feu de rigueur, au cours d’une petite promenade de découverte du lieu, nous avons pu observer un magnifique mâle, sans doute déjà âgé car auréolé d’une superbe paire de bois. Accompagné de quelques biches, il nous a gratifiées de son singulier et puissant brame automnal. A la nuit tombée, de la terrasse de la cabane si haut perchée, le verre de bière à la main, le concert a repris de plus belle, des cerfs semblant se répondre ou se provoquer autour de nous. Je savoure cet original cadeau d’anniversaire ( Merci Corinne !). Nos munitions stomacales patientent dans la glacière. La glacière ! Le rafraîchissant objet nous a valu un franc fou rire, enfin, surtout à moi …

Corinne au volant, moi à la place du mort, nous roulions vers ces cabanes tant attendues quand, arrivées au pied du panneau indicateur de fin de trajet, ma conductrice stoppa brusquement le coupé, rouge riche. Que se passe-t-il ? Corinne sauta du véhicule, courut au coffre arrière, revint s’asseoir au volant, la mine contrariée : « j’ai oublié la glacière ! ». J’éclate de rire. Corinne, non. C’est trop drôle et finalement pas si grave. Je rappelle à sa mine déconfite l’Ukraine, Gaza, les inondations en Europe centrale, … Relativiser est ma nouvelle devise. Elle apprécie moyennement le propos et exécute un demi-tour de championne automobile. La glacière. Une heure plus tard, nous revoilà devant le fameux panneau, cette fois-ci était la bonne.

Nous restons dubitatives face à l’accueil réservé à nos charmantes personnes. Comme à la fin de la colo ou de la classe transplantée, nous allons devoir défaire nos draps, les glisser dans une taie d’oreiller et, surtout, surtout, enlever le sac de nos reliefs intestinaux (hum) pour le déposer au pied de la cabane, à notre départ. Dans le petit bureau, face à l’austère propriétaire, Corinne et moi, nous nous regardons intérieurement, sans tourner la tête, et restons stoïques …

La nuit est totale, le brame retentit sans discontinuer. Magie de la nature ! Un hibou ou quelque chouette se joint à l’étrange harmonie. Le noir a englouti les arbres, l’étang, la campagne et même la cabane. Nous dégustons un moelleux bien chocolaté, arrivé jusqu’à nous par poulie interposée, préposée aux transvasements de paniers. Nous nous hasardons, à tour de rôle, pour une visite aussi curieuse que nécessaire, dans les toilettes sèches et leur déconcertant sac poubelle en incongru plastique, bleu non azur (hum).

Puis, je m’endors profondément, Corinne non, avec au creux de mes bras mon désormais inséparable doudou, rouge olympique (Corinne se moque de moi, c’est vache). Comme dans la chanson aux paroles inversées « Où j’irai, tu iras ! », que seul(e)s les gérontes (notre tout nouveau vocable pour désigner nos congénères aux crinières blanchies) peuvent connaître. Lassées de devoir abonder la tirelire lexicale d’un euro à chaque dérapage verbal en prononçant le mot interdit – vieux, vieille – après tout, nous en sommes, également …, géronte, plaisant trait, à consonance théâtrale et moliéresque, nous semblait désormais totalement approprié à nos futures conversations et de ce fait, exempt de punition en espèce sonnante et trébuchante.

Les insomnies de ma géronte amie lui permirent de profiter du concert animalier la nuit durant quand de mon côté, le vide sidéral emplissait mon cerveau.

Le lendemain matin, il a bien fallu se rendre à l’évidence, nous allions devoir exécuter la corvée de latrines. Corinne s’y est bravement attelée. Merci.

Nous quittons alors la rustique cabane, les cerfs et les biches, les hiboux et les chouettes, pour conclure notre attrayante escapade par une rando-resto dans la campagne indrienne toujours verte.

Et comme tout doit prendre fin, la Mini reprend les routes poitevines du retour.

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2024-10-01

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