Billets

La liste

Samedi 18 avril 2026.

Après une petite étape chez ma camarade du très prochain voyage, me voici de nouveau devant ma liste. Nous avons parcouru nos bois interdits (propriété privée) dans le vert éclatant des feuillages qui explosent de vitalité. Vieux chênes majestueux en renaissance, fougères qui déroulent leur colimaçon dans le sous-bois, coucou entêtant, grenouilles en gestation, soleil et douceur printanière. Marche acrobatique dans les ornières du sol sec mais joie pure du dehors retrouvé. Jamais déçues par ce bois magique. Nous y avons croisé deux cochons noirs, l’un petit mais déjà sans son pyjama rayé (clin d’œil, Corinne !), l’autre détalant sur notre droite, au moins deux fois nos poids respectifs. Trois biches, couchées au soleil, n’ont pas souhaité nous attendre pour un tête-à-tête insolite par nature. Puis, sur le chemin du retour, trois jeunes daguets nous ont jaugées depuis leur esplanade enherbée. Comme c’est la très courte saison du respounchou (tamier commun), nous avons exploré les fossés pour agrémenter la salade du soir. Devant nos blondes apéritives et mousseuses, nous nous sommes projetées au Maroc. Comment allons-nous survivre à des apéros sans bière ? Comment ? C’est notre question cruciale de la soirée.

Je suis rentrée à la maison hier après-midi en prenant bien soin de tourner à droite au fameux rond-point du choix, à droite sur la route de campagne peu fréquentée qui me ramène au « Heimat », sans passer par la ville ni un certain carrefour funeste. Arrêt d’urgence à la pharmacie car il va me manquer, au cours du voyage et au retour, 15 jours de pilules de vie surrénalienne avant mon prochain rendez-vous au CHU. Ouf, je récupère deux boîtes salvatrices. J’achète aussi des pastilles pour purifier l’eau chérifienne après un dernier (?) point de préparatifs avec ma camarade en chef, Corinne, qui pilotera le véhicule tandis que, du siège passager, je regarderai le paysage, je suis bien trop timorée pour conduire en territoires inconnus.

Je vérifie donc, une fois de plus, ma liste. Corinne se marre quand je lui récite « hauts » « bas » et se moque de mon vocabulaire évasif « Ce n’est pas une liste ! », mais si, je sais parfaitement ce que recouvre « hauts » « bas » en fonction de mes destinations. D’ailleurs, je ne voyage jamais en terres froides, j’aime la chaleur donc je visualise parfaitement mes tenues de villégiatures étrangères. Check-in OK ; fil d’Ariane OK ; mail à la banque OK ; impressions des assurances et du passeport OK. D’habitude je n’imprime pas ces documents enregistrés dans mon « Drive » et ma boîte mail mais ma camarade insiste. « Si je dois te faire rapatrier, j’ai besoin de tes documents. » Il est vrai qu’en éventuel état de dépouille, accéder à mon espace de stockage en ligne serait définitivement compromis … Dont acte.

Mon carnet de voyage ne me quitte jamais, les numéros importants y sont répertoriés. C’est ma mémoire portative que je complète chaque soir selon les péripéties du jour.

Comme nous avons, entre autres, discuté du « Docteur JIVAGO* », je suis une fan absolue, j’écoute « La chanson de Lara », et j’en rajoute une couche avec le puissant thème « tord cœur » « In the Mood for Love** ». Le film me fascine également. Je me souviens avoir admiré et immortalisé (clic, clic) les empreintes de mains de Tony LEUNG CHIU-WAI, gravées sur le sol de l’Avenue des Stars à Hong Kong, un GRAND micro moment personnel. En moi, comme une passion émotionnelle têtue pour les films des amours empêchées … Hors de moi, toute velléité d’analyse approfondie, j’ai très largement passé l’âge des remises en question.

Bref, passons.

Je reviens à la liste, gribouillages bleus en colonne, pourtant je préfère le noir, étape clé avant le départ. Si la valise peut attendre le tout dernier instant, la liste se réfléchit, se mûrit, se compare avec les précédentes, se complète longtemps avant le jour J. Comme un mantra, je la relis régulièrement, je me projette sur les routes, dans les hôtels ou les palmeraies pour identifier avec précision ce dont j’aurai besoin. En fin de liste, la tenue du départ, toujours. Je jette un coup d’œil à la peluche rouge, qui semble regarder le plafond de ma chambre, sagement assise contre un oreiller. Depuis son adoption, elle est de tous mes voyages, Tanzanie, Namibie, Paris, Bretagne. Elle aura donc sa place dans mon sac à dos avec l’essentiel de survie. SMAC !

Avec Corinne, nous avons également parlé amitié. Je pense que nous nous connaissons par cœur, nos qualités et nos vilains défauts que nous supportons mutuellement stoïquement par pure indulgence sinon habitude, pas comme un vieux couple mais plutôt comme une solide paire de deux vieilles amies aguerries à nos imperfections humaines respectives, plus ou moins agaçantes. Parfois plus …

Retour à la liste. J moins 7 !

* « Le docteur JIVAGO », film de David LEAN, adapté du roman de Boris PASTERNAK. 1965. Musique de Maurice JARRE.

** « In the Mood for Love », film de WONG KAR-WAI, 2000. Thème musical principal de Shigeru UMEBAYASHI.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

En savoir plus sur Radiée des cadres, et après ?

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture