Wanted Monna Lisa !
Samedi 12 juillet 2025.
Ah ! Le charme du calme provincial après la trépidante, étourdissante et bruyante Paris. L’escapade, en duo, avait un but, au moins, pouvoir placer dans les conversations, apéritives, amicales ou familiales, dans une ridicule vanité, la sentence snobinette et définitive : « Je l’ai vue ». Apercevoir serait d’ailleurs plus approprié, dans ce cas bien précis. Je n’allais pas quitter ce monde cruel, un jour ou un autre, sans avoir réalisé ce pèlerinage culturel si français.
De Montparnasse, tout commence dans les couloirs du métro, ligne 13, arrêt station Champs Élysées Clemenceau, correspondance ligne 1, terminus provisoire, station Palais Royal Musée du Louvre. On débouche directement dans le magnifique Carrousel, sans voir le jour de ce dimanche de juillet, providentiellement pluvieux. Sous l’impressionnante pyramide de verre, les parapluies nous font de l’œil mais on s’en fiche. On lorgne sur la longue file d’attente, pourtant, nous avons déjà nos billets, réservés plus tôt dans l’année. Foule internationale et compacte. Tous y vont, dans une patience olympienne.
La fouille des sacs effectuée, direction l’escalier magistral où trône La Victoire de Samothrace. Admiration pressée ! Nous cherchons la signalétique qui doit nous indiquer la direction de notre Graal. Ah ! Voilà ! On suit une espèce de masse en mouvement, rapide et déterminée, comme une vague qui nous emporte. Puis, soudain, on débouche dans une salle totalement bondée, des bras en l’air agitent des mobiles dans des gestes hystériques. Ça piaille, ça bouscule, ça pousse, ça tire. Je ne vois rien ! Je suis trop petite ! Devant moi des dos, des corps agglutinés qui trépignent, des langues étrangères qui sortent des bouches ébahies. Mon sac à dos ne fait pas barrière, je suis projetée vers l’avant, un avant humanoïde, comme un mur qui masque la vision ultime. On râle ! On proteste ! On cherche des responsables à ce chaos monstrueux. Hallucinant ! 30 minutes plus tard, la masse se meut dans un pas en avant, on progresse ! Toujours rien en vue, rien que des têtes de grand(e)s, des mains tendues vers le haut mur noir en face de nous.
Brusquement, j’aperçois un angle supérieur de cadre. C’est qu’il n’est pas grand ce cadre ! Bousculade devant moi. Selfies ! Clic ! Clic ! Clic ! Circulez ! On enrage contre les visages extatiques, en stand-by devant nos yeux qui ne voient rien. Comme dans le siphon du lavabo, nous approchons du goulot d’étranglement, Les visiteurs rassasiés, ou non, sont poussés vers les côtés pour que la masse bigarrée avance. Formidable ! Je distingue un front ! Ma camarade, mieux placée, fige la Madonna (pas l’Américaine, l’autre !). Clic ! Clic ! Consolation. Maigre.
Dans un mouvement de corps, je suis poussée vers la gauche. Je m’extirpe du chaos. J’ai perdu ma partenaire de visite. J’ai perdu Monna Lisa. J’ai tout perdu. Je jette un oeil, de biais, sur le tableau. Le si petit tableau qui fait vibrer la planète. La femme sans cils, indifférente à notre enfer sur terre, trône sans couronne. Impossible de capter son étrange regard dans cet angle aigu.
Je reste incrédule. Tant d’imaginaire fantasmé. Tant de piétinements, d’attente impatiente, de désir, de touristes exaltés, de bruit, tant de selfies, d’exclamations, de soupirs, de bousculades, de foule compacte … Incrédule et frustrée.
Wanted Monna Lisa !

Commentaires
As-tu fait signer un droit à l’image pour pouvoir photographier ces nuques cosmopolites ?