Descendance directe
Mardi 26 août 2025.
Mercredi 20, j’ai roulé plus vite que d’habitude. La Mini, comme neuve (…), a avalé les kilomètres qui me séparent de ma descendance directe. Poitiers, Limoges, Brive, destination finale sur les berges de la Vézère. Je suis pressée de la revoir, de les revoir, mais eux, que veulent-ils ?
Le garçon, de désormais 10 ans, a-t-il encore grandi depuis notre escapade hivernale tanzanienne ? Entrée en CM2, tout un programme et c’est déjà la fin de l’enfance qui glisse subrepticement sur lui, sans aucun retour en arrière possible. Sa sœur, devenue une ado très occupée, ne fera qu’une brève apparition pour le premier dîner puis disparaîtra dans sa chambre avant un départ très matinal le lendemain pour un sempiternel concours hippique, se tenant cette fois-ci à Royan. Son retour sera tout aussi bref et je n’aurai rien partagé avec elle. Pas le temps de tisser les liens du souvenir. J’ai beau me raisonner et penser à ma propre adolescence, ou à celle de sa mère, je sais la valeur du temps qui passe, qui avale la vie, se perd et se regrette en une vaine nostalgie.
Déjà un an depuis ma dernière visite.
Dès mon arrivée, je retrouve également la chienne, qui quant à elle, n’a pas évolué d’un iota, mais j’exagère, comme souvent, car sa queue, auparavant inerte, frétille de joie. Je ne peux nier ce progrès. Les yeux d’or me fixent, ma fille m’expliquant que nous sommes ses moutons, mais je ne veux pas en croire un mot.
Et puis, dans ce tableau familial estival, éphémère, se glisse un intrus, l’homme. L’intimité de la lignée maternelle est rompue. Vais-je me montrer sous mon plus mauvais jour de marâtre avec ce nouveau venu ? OUI, résolument OUI ! Mais, point de mea culpa pour cette horrible posture de sorcière (charge de cavalerie contenue à grands frais de respirations et de conjurations intérieures), l’horripilant objet de mon courroux ne semblant guère en comprendre les motifs légitimes, ou légitimés par moi-même.
Salutations d’usage (qui ne présageaient en rien de la suite …), dîner. L’homme converse avec l’ado, je n’entends pas ce qu’ils se disent. De fille à mère, nous partageons des nouvelles de nos proches, de la lignée paternelle. Ces paroles de connivence ne se partagent pas, elles sont connues de nous seules. Je retrouve le plaisir de la discussion familiale et replonge, pour un instant, dans mon enfance. J’entends encore le brouhaha des voix d’adultes, les rires, les exclamations, les chansons de fin de repas. Les volutes de fumée des cigarettes s’élèvent au-dessus de nos têtes, les voix s’échauffent lorsqu’il est question de politique. Pour un moment, c’était jour de fête et les adultes nous oubliaient, trop occupés, eux-mêmes, à remonter leur temps de jeunesse. Lors de nos retrouvailles, mère et fille, Il nous arrive aussi, fréquemment, de remonter notre temps de vie partagée. Parler avenir est plus délicat, les rêves ne se partagent pas toujours et les aspirations divergent.
Après le dîner, partie de fléchettes. Le garçon gagne, il sourit.
Le lendemain, nous marchons, ma fille sans homme, moi. Le cycliste en herbe a enfourché son vélo. Il nous devance, on aperçoit par intermittence la forme rouge de son tee-shirt entre deux arbres ou bien au coin d’une rue du village dans lequel se trouve son école. L’intrépide garçon veut nous montrer les listes de classes. Il repère quelques noms de camarades, cela lui suffit, il repart à toute vitesse. Je ne peux m’empêcher de commenter la répartition pédagogique qui me semble déséquilibrée. Cela agace la mère du presque CM2. Ma fille me rappelle souvent que tenir une conversation avec des membres du corps enseignant relève de l’exploit ou du masochisme absolu. Je ne vois vraiment pas pourquoi …
Ensuite, le sportif de 10 ans veut nous montrer le jardin pédagogique de l’école, installé en lisière de bois communal. Nous longeons la rivière, nous bavardons en suivant du regard, au loin, le garçon impatient. Ces trop rares moments en tête à tête qui n’appartiennent qu’à nous, qu’à moi, me comblent de joie secrète. Nous grappillons quelques grains de raisin et admirons les plantations, les nichoirs et les hôtels à insectes fabriqués par les élèves.
Plus tard, j’emmène l’écolier acheter ses fournitures scolaires. La liste est longue. Je n’ose avouer que je trouve certaines demandes fantaisistes. Si, j’ose. Ma fille lève les yeux au ciel et ne commente pas. Qu’on m’explique pourquoi un élève de CM2 a besoin d’un critérium, par exemple. Je n’insiste pas. Si, j’insiste, mais ma descendance au premier degré est très patiente. Avec mon petit commis de courses déjà grand, nous parcourons les rayons, nous nous partageons les missions. Moi, les cahiers, toi l’agenda. Choisis celui que tu préfères. Les yeux bleus sous la mèche pétillent de convoitise. Je jubile intérieurement, J’aime tellement ces précieux moments de complicité.
Les jours suivants, nous randonnons de nouveau, en duo féminin ou en trio familial, lac de Causse, Puy d’Yssandon. De belles balades, prétextes à bavardages intimes ou plus légers.
Le temps passe vite. J’ai perdu la chronologie de ce court séjour familial.
Lundi matin, j’ai repris le chemin du retour vers mon « Heimat » poitevin. La Mini file sur l’autoroute, j’ai levé le pied de l’accélérateur. Rien ne me presse. L’air matinal de fin d’été est doux-amer.
Oui, doux-amer.

Commentaires
c’est donc ça, c’est l’homme ! le garçon en sera un