Les saisons*
Samedi 20 décembre 2025.
Les saisons. Série en quatre épisodes pour quatre saisons de vies.
1991, 2001, 2010, 2022. Quatre années marquantes sur la frise de l’Histoire, qui telles les cailloux de Poucet, jalonnent la vie des personnages comme elles ont jalonné la nôtre, la mienne.
J’ai regardé la série d’une traite hier soir et j’ai beaucoup aimé. Vie simple de gens ordinaires dans une cité balnéaire populaire, filmée avec délicatesse et retenue par Nicolas MAURY.
1991. L’été du premier épisode. La saison des vacances en famille, des fruits mûrs qui éclatent en bouche. Bien que je ne sois pas de la génération des trois personnages principaux, adolescents cette année-là, mais plutôt de celle de leurs parents, je me suis retrouvée dans cette saison de la jeunesse, de la liberté, des mouvements, des émotions amoureuses, de la famille imparfaite. Douceur nostalgique de ces moments intimes, filmés dans la maison estivale de l’aïeule, Mado, à l’esprit encore vif. Camille, l’héroïne (mais y a-t-il vraiment des personnages principaux dans cette histoire, tant chaque individualité porte en soi une part essentielle de l’autre ?), s’émancipe définitivement de l’enfance dans une rencontre miroir de notre propre jeunesse. Une fille, deux garçons, un choix. La villa sablaise, pilier de la famille. Le piano, objet de défiance d’une mère frustrée, insatisfaite. L’iconique mobylette, deux-roues culte des ados en quête d’indépendance.
Nous sommes évidemment à mille lieues de rebondissements nordiques, d’action effrénée, mais quel délice des yeux et de la mémoire juvénile.
1991. Guerre de Golfe, mort de mon père dans le froid de janvier, dans un combat, celui du genre fatal, perdu par avance. Hier. C’était hier.
2001. Saison automnale du repli, de la vie, de l’insouciance, de la liberté. Dans ce deuxième épisode, Camille se marie avec un des deux garçons, pas celui auquel on pouvait penser. Le couple parental se délite. L’aïeule perd la mémoire. L’amie de longtemps porte un cruel secret en son sein droit. Fini, le temps de l’innocence. J’aime la caméra, les images, les dialogues, paroles de vies ordinaires, le jeu des acteurs. C’est léger, doux-amer, simple mais efficace.
2001. Mardi 11 septembre. Attentats-suicides du World Trade Center et du Pentagone. Je suis à l’école, des élèves, externes, nous transmettent des bribes d’informations effroyables. Le soir, j’ai rendez-vous chez le notaire, ma mère est morte le 3 septembre. Coïncidence de calendriers, de l’Histoire, d’une toute petite vie. Hier. C’était hier.
2010. Rigueur de l’hiver qui transit les cœurs et les corps. On enterre l’amie. On l’honore, en un chœur triste, sur le refrain entêtant de la jeunesse perdue. L’aïeule s’est définitivement perdue dans les circonvolutions de sa mémoire. La villa inondée est menacée. La mère, plus forte, se rebiffe. La mobylette, échappatoire d’un mariage finissant, conduit Camille tout droit vers la « trahison » conjugale. Restent l’enfant, le mari qui pleure son amour perdu.
2010. Année des cataclysmes climatiques. Oh ! Xynthia ! Vent, eau, mort, désolation. Dans mon corps aussi, une espèce de cataclysme, en lente gestation. Hier. C’était hier.
2022. Dernier opus, celui de la renaissance, du printemps. L’enfant rebelle a grandi, Camille initie sa fille à la mobylette des horizons adolescents. Elle-même vit seule, consacrée à l’écriture d’un roman que l’on devine autobiographique, sinon à ses copies d’élèves. Mado est en institution. La maison est à vendre. Le piano végète dans un coin. La vie des personnages s’est écoulée dans le souffle puissant des années qui filent. Le couple vieillissant de la génération parentale précédente s’est reformé en un clin d’oeil aux passions tristes. Les trois amis de jeunesse se retrouvent, apaisés. Un cycle de vie est achevé, le blanc de la maturité éclaire les chevelures.
2022. Invasion de l’Ukraine. A la rentrée des vacances d’hiver, J’ai épinglé, ostensiblement, le jaune et le bleu sur mon manteau pour accueillir les parents d’élèves, geste symbolique autant que futile. Hier. C’était hier.
Je quitte, avec regret, cette jolie chronique familiale et amicale vendéenne. Merci Nicolas MAURY !
*Les saisons, série française réalisée par Nicolas MAURY, 2025.

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5 heures
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