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Le voyage

Mardi 18 novembre 2025.

Je ne sais vraiment pas ce qui m’a pris quand j’ai décidé de partir à nouveau. J’étais pourtant au clair avec moi-même, plus de voyages en avion. J’ai parfaitement conscience que mon bilan carbone va se dégrader lamentablement. J’ai regardé autour de moi, j’ai scruté les informations, j’ai visionné des reportages, j’ai lu la presse, de partout, du triste, du moche et du révoltant. Seul mon cercle intime échappe au désastre du monde. J’ai pensé à ma vie, aux premiers et jours suivants de son reste, à l’incertain du devenir. La roue, toujours la roue. Alors, sur un coup de tête, j’ai pris la décision de m’envoler encore une fois, la dernière, je me le suis promis, juré, craché.

Ma terre poitevine natale se refroidit bien que le soleil continue de briller avec bravache, la Mini écrabouillée est chez le garagiste, ma descendance n’est pas à portée de roues de vélo, les jours sont courts, le jardinet urbain entre en sommeil hivernal, rien n’incite à la joie, à la fébrilité du mouvement, à l’agitation neuronale.

Je pars.

J’écoute de la soporifique musique méditative, bien que contre-productive en ces temps de morosité aiguë, un plaid sur les épaules. Les formalités administratives du séjour sont finalisées. E-visa, e-ticket, assistance, lettre d’invitation, … Je regarde la valise qui attend mon empressement, habituellement tardif. J’ai fait la liste, pensum de voyageuse. J’attends toujours le dernier moment pour faire mes bagages, vitale urgence de la dernière minute et de l’excitation puérile.

Je pars.

Destination non connue de mes vieux carnets de voyage. Choix inédit, départ en petit groupe, 7 voyageurs francophones. Je me prosterne devant mon Dieu intérieur. Vais-je supporter les 6 autres ? Peut-être chacun prie-t-il de son côté pour conjurer les mauvaises rencontres et les caractères incompatibles ? Je possède la technique infaillible de la tortue et de la moue rébarbative pour échapper à autrui et aux vicissitudes du voyage à plusieurs. Pour assurer mes arrières, le cas échéant, chambre individuelle de rigueur.

Je pars.

Not in the mood for … Je pianote sur les touches du clavier et le soir tombe déjà sur le « Heimat ». J’ai beau feuilleter le « Bradt », je ne parviens pas à me projeter dans cet ailleurs. A chaque départ lointain, les mêmes pensées irrésolues me perturbent. Elles s’évanouissent généralement quand je pose le pied dans le train, réalité objective du départ imminent, quasi obligatoire

Je pars.

J’ai un but précis, comme une espèce (Corinne !!! Elle comprendra …) de Graal faunique, observer oryx gazella, qui manque encore à mon tableau de chasse visuelle et photographique. D’ailleurs, pas une gazelle, plutôt un bovidé. Pas eu la chance d’en apercevoir au Zimbabwe ni au Botswana. Ce champion du désert, symbole national, devrait croiser nos pistes poussiéreuses et rouges.

Je pars.

Je tenterais bien une ode au voyage, un quatrain à l’ailleurs, de la prose à bientôt, mais, ce matin, pas d’atelier d’écriture pour m’inspirer. Impossible de rejoindre la douce pédagogue et mes comparses de plume poète sans véhicule. Attaque en règle contre mon moral déjà assiégé. La poisse !

Je pars. J – 4.

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