Drame urbain
Dimanche 16 novembre 2025.
Hier matin, coup de sonnette à la porte d’entrée. Ordinairement, je ne réponds jamais aux visites non programmées, rien ne doit perturber le calme et la sécurité du « Heimat ». Le soleil matinal brille, j’ouvre quand même la porte. La factrice me tend un recommandé à signer. Kesako ? Elle ignore l’expéditeur. Je signe, prends la missive et vais derechef l’ouvrir. Oh ! Courrier du Ministère de l’Intérieur qui stipule que mon véhicule, la Mini ancestrale en l’occurrence, n’est plus autorisée à circuler conformément à l’article R.327-3-1 du code de la route.
Tout avait pourtant commencé sous les meilleurs auspices …
Ce 6 novembre, je roulais le cœur léger dans la campagne poitevine pour rejoindre ma camarade de très longtemps sinon de toujours, Corinne. Nous avions passé la soirée à deviser sur le monde et les voyages, le sien tout juste achevé, le mien au départ proche. La bulle blonde nous avait donné de la brillance dans la pupille et de la joie, de celles très simples qui consistent à boire un verre entre amies. Rando du lendemain matin à examiner puis sommeil, profond.
Le Vendredi 7, qui n’était donc pas un 13, nous avions parcouru les chemins creux, pataugé dans l’eau des averses récentes, surtout moi avec mes chaussures de marche d’été. Mes pieds profitaient d’une cure thermale fortuite et glacée. Je pestais, râlais sur les sentiers, ce qui, je le sais, agace, intérieurement et profondément, Corinne, elle, la marcheuse aguerrie, moi, la petite qui piétine. La fin de matinée fut beaucoup plus réjouissante, de mon point de vue, devant le réconfortant breuvage d’or en attendant nos pizzas.
Après ces minuscules mais si essentiels moments de bonheur simple, je repris la route. Rendez-vous médical à 15h15. Je conduisais tout en ouvrant déjà ce petit tiroir mémoriel dont je fouillais les recoins. La Mini filait, traversant la forêt automnale qui donnait son meilleur spectacle de couleurs, celles à droite du cercle chromatique d’Itten.
Mais, trêve de bucolique, le drame se joue, j’en appelle au présent de l’indicatif !
J’arrive au rond-point du choix. A droite, route péri-urbaine, en face route urbaine. J’hésite une fraction de seconde, cette fraction de seconde qui décide de l’enchaînement des événements. A posteriori, je rumine en boucle à gros noeuds cette fraction, c’est inouï. Va pour la route urbaine, pour cette fois-ci.
Carrefour, feux de circulation, café sur la droite, immeuble sur la gauche, j’actionne le clignotant pour tourner à droite au feu vert, mais un piéton s’engage sur son passage, je stoppe pour le laisser passer, il me regarde. Soudain, le choc violent à l’arrière, mon cerveau a besoin d’une autre fraction de seconde pour comprendre, L’homme sur le passage accélère en me fixant avec un air ahuri, il ne demande d’ailleurs pas son reste et file. Sonnée, je m’extirpe de la Cooper. Les hommes du bar se précipitent, ils poussent la voiture sur le trottoir et tentent de me réconforter. Je vois le fourgon criminel stoppé un peu plus loin, sa roue avant droite est tombée sur la chaussée. Je me retourne, la rue est jonchée de bris de phares, ceux de la Mini, le pare-choc et divers éléments de bas de caisse animent le bitume. L’aile arrière gauche est écrabouillée, la roue crevée et l’essieu part en cacahuète. Colère ! Colère ! Colère ! La conductrice s’approche, elle s’excuse, elle ne regardait pas devant elle, la blague. Si j’étais une affreuse jojo(e), je lui administrerais une droite bien sentie mais je suis normée et je m’en tiens à un regard réprobateur, d’ailleurs sans effet.
Assistance, assurance, dépannage, constat, annulation rdv, taxi.
Je pense à la Mini qui m’a conduite à l’aventure, professionnelle, amicale, familiale, depuis tant d’années, j’ai envie de pleurer de rage, de tristesse aussi, car je soupçonne l’ampleur des réparations et je devine sa côte à l’Argus, malgré un faible kilométrage et un entretien régulier. Ou, comment une petite vie de conductrice tranquille peut, en une fraction de seconde, se muer en un horizon de cauchemar administratif.
Le cauchemar se transforme rapidement en réalité. Du côté de l’expert, VGE ( véhicule gravement endommagé avec interdiction de rouler), valeur de rachat 5900 euros, réparations 4900 euros, … Du côté de mon assurance, depuis une vraisemblable plateforme téléphonique, à chacun de mes appels, des informations différentes et parfois totalement contradictoires ou erronées. Non ! Un véhicule gravement endommagé n’est pas systématiquement un véhicule économiquement irréparable. Je découvre avec stupéfaction que mon assurance n’est plus celle qu’elle clame être. « Assureur militant ». Ah ! Ah ! Aucune information fiable. Je consulte mon espace personnel en ligne, une autre version. La bonne ? J’ai envie d’y croire … Je deviens l’as du code de la route, VE, VGE, VEI, VTI, j’en maîtrise les plus subtiles nuances.
C’est que, j’y suis stupidement attachée à ma vieille Mini …
J’attends donc lundi matin et la visite de l’expert avec véhicule sur le pont pour évaluer d’éventuels autres dommages, et, un signe de vie terrestre de mon assureur …
Alea jacta est …

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5 heures
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