Aller vers le bonheur
Vendredi 26 décembre.
De nouveau en gare pour un départ imminent. Je sirote mon thé vert, j’ai un peu de temps devant moi, pas le choix des horaires de transport urbain en période de vacances scolaires. Le voyage pour Brive sera court en distance, mais long, très long, en temps, 4h30. TER, Intercités, c’est beau les lignes ferroviaires transversales françaises. Merci à la centralisation parisienne du réseau !
TER annoncé voie 43. Voie 43 ! Cela existe, la voie 43 ? Habituée des TGV pour l’aéroport ou Paris, je n’ai pas encore pu apprécier l’ensemble des subtilités organisationnelles de la SNCF. Une espèce de voie de garage ou rurale, en quelque sorte, à l’écart des grandes lignes. Placement libre et on comprend tout de suite pourquoi, voiture hors d’âge, quasi vide de voyageurs. Il est vrai que la direction et la date n’incitent guère aux déplacements. Ça gronde sous mon siège, quand même pas un Diesel ??? J’ai une pensée pour la Mini, esseulée sur son banc, depuis deux mois déjà … Grrr … Finalement, ce TER reste la seule option valable pour rejoindre ma descendance, désormais périgourdine.
Le paysage défile au ralenti et je reconnais des lieux de mes vies passées, flash-back de douceur nostalgique. Prochain arrêt, Mignaloux-Nouaillé, le premier d’une série relativement longue. Je pense à mes amis, mes connaissances, vivant dans ces contrées poitevines. Je souris intérieurement et repense à Hugo, décrivant son voyage en train. L’aventure lente s’avère, au final, une expérience franchement réjouissante. Éloge du voyage sur rails.
Me voici en gare de Limoges, l’historique porcelainière. Correspondance, 1H35 ! Cela commence par deux imposants escaliers à grimper avec la valise. Hum.
Je me pose chez les amis intimes du bœuf avec l’espoir d’une ligne végétarienne sur la carte. Il fait chaud. Je suis bien, très bien. Une blonde pression à la main en attendant la ligne comestible, j’évalue la hauteur de la mousse. J’observe les petits sapins accrochés aux poutres et à l’envers, les boiseries, les guirlandes de circonstances le long du bar et les bouteilles d’alcool en rangs serrés derrière le serveur. J’écoute les langues des voyageurs. Magie de l’ailleurs. Je m’enquiers de la salade gourmande, option végétarienne, vue en ligne, la veille du départ. « Nous venons de changer la carte ». « Ah bon, cette nuit, donc ? » Un « Ici, c’est l‘Assiette au Bœuf ! », un brin hautain, percute ma patience. Au pays des vaches limousines et non loin d’un certain plateau, on peut aussi trouver du porc … Seul restaurant dans la gare, quelles sont mes options ? Je risque un « Peut-on servir la salade sans gésiers ni magrets ? » Je reçois, instantanément, un uppercut visuel du serveur qui acquiesce de mauvaise grâce. Je suis punie et n’aurai pas d’amuse-bouche (carnés ?) proposés à mes voisins de droite ? Mon humeur s’assombrit. Cette maltraitance alimentaire des végétariens, pourtant de plus en plus nombreux, est encore trop généralisée, notamment dans les régions d’élevage, et cela m’exaspère. La salade gourmande n’a pas d’âme, ou, pour une version basse-cour, ne casse pas trois pattes à un canard. Œuf mollet froid, sans doute tout droit sorti du réfrigérateur sinon du congélateur, beaucoup, beaucoup, beaucoup de salade verte, de celle qui rend vert, quelques petites grenailles font la nique à des cerneaux de noix.
Le passage en caisse est cocasse. Le prix du plat sans viande est identique à celui avec. Punie deux fois ! « RDV sur TripA.», je lance, agacée. Je médite déjà ma « vengeance » étoilée. « Bon voyage.», me rétorque le malotru.
Dans le wagon pour Brive, voiture 14, place 12, un homme occupe ma place. Parfait goujat.
Micro-cohue à la sortie de la gare. Je saute dans la voiture de mon unique enfant, la voie dépose-minute est embouteillée, mais, désormais, tout est merveilleux. Les TER vieillissants, les longues correspondances, les escaliers interminables, les bovins à viande dans les prés limousins, les mangeurs acharnés de muscles rouges, la nuit glacée, mon estomac qui gargouille. TOUT.
ABSOLUMENT TOUT.

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5 heures
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