Billets / Points de vue

« Le roi des fées »*

Jeudi 22 janvier 2026.

J’ai ouvert ce petit opus de 166 pages en toute innocence, en toute innocence, vraiment.

Difficile de décrire, y compris subjectivement, cet étrange objet littéraire.

La lecture débute par un intrigant petit paragraphe possiblement descriptif d’une aube. Puis, le livre se déroule en une alternance de narration à la première personne et à la troisième. La première personne est masculine, La troisième comme conteuse d’une épopée militaire royale ou princière. Un roi de fées ? J’ai d’abord été séduite (de circonstance …) par la magnifique écriture de l’auteur.

« … Ses murs se sont battus dans les forêts. Aux mouvements arrêtés de leurs combats s’accrochent les peintures douces de leur histoire idéale … »

Puis, apparaît soudain le premier sein.

« Voici, brusques, les seins … »

On glisse alors, à notre corps évidemment défendant, de paragraphe en paragraphe, dans le récit détaillé des aventures sexuelles érotisées du narrateur. A observer l’illustration de couverture, j’aurais d’ailleurs pu m’en douter … Les femmes n’ont pas de prénom mais cela n’a aucune importance car il s’agit essentiellement d’entrelacements de corps, d’échanges de fluides, de poses, entre lesquelles s’insèrent, comme des respirations, les descriptions précises des décors qui varient au gré des rencontres, villa, cuisine, chambre, cinéma, piscine anglaise, parc, … Ces rencontres sont assez agréables à parcourir.

« … Le soleil qui tombe en plein sur la table basse illumine les piles de livres et les tasses à café, un verre au fond teinté de vin … »

S’intercale également, en une lecture par nécessité experte, le récit à la troisième personne, comme onirique, quasi légendaire. Chevaux, cuirasses, pourpoints, les pièces de brocart, le château, les épées, les galops, les lances, …

« … Bleu pâle, pourpoint à fils d’argent, casques à crête d’argent pour les Renards de la Mort blanche, chevaux noirs, le régiment personnel du prince … »

« … Velours cramoisi et rose, on a sorti son lit sur la terrasse au couchant. Sur sa chemise, ses draps, ses oreillers son sang a fait des papillons et des bouquets de fleurs … »

Tous les passages de cette narration sont magnifiquement écrits.

Enfin, viennent les pages.

« Tout commence. »

Les péripéties de l’apprentissage sexuel de notre narrateur, adolescent. J’entre dans le dur du livre (la formule est osée !). Beaucoup moins élégant que les écrits du Marquis, pornographique au sens littéral. On quitte très brutalement la poésie et l’onirisme ! Aucun détail de cet apprentissage forcené ne nous est épargné, et, au passage, la femme en devenir n’y tient pas son meilleur rôle. Mais bon, 1994 … Longues phrases sans virgules comme dans un frénétique marathon sexuel, sans pause ni respiration. Lassant.

On termine le livre par une série de paragraphes qui figure la journée du prince (LE LEVER, LE PETIT DÉJEUNER, LE BAIN, …). Journée fort bien remplie puisque ledit prince, auparavant de conte, est désormais littérairement et littéralement sexué. Je passe donc sur le contenu de ces petits textes puisque chacun sait, dorénavant, à quoi s’en tenir.

Au final, une écriture résolument masculine, qu’on peut éventuellement s’éviter si on a d’autres chats à fouetter …

*Le roi des fées, Marc CHOLODENKO, 1994. Edition 1996.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le courage

2026-01-23

En savoir plus sur Radiée des cadres, et après ?

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture